C'est un rituel annuel. Les Nations unies devaient procéder, mardi 12 octobre, au renouvellement de cinq des dix sièges de membres non permanents du Conseil de sécurité. Si, pour trois d'entre eux les jeux étaient faits, il n'en était pas de même pour les deux sièges réservés au groupe informel rassemblant une majorité de pays occidentaux, pour lesquels l'Allemagne, le Canada et le Portugal se livraient bataille.
Le pouvoir que revêt la position de membre non permanent, élu pour deux ans, est pourtant plus symbolique que substantiel, au vu de celui dont bénéficient les "cinq grands" permanents (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie), dotés d'un droit de veto. Mais, tant que les règles du jeu onusien édictées en 1945 subsisteront, ces deux courtes années de visibilité sur le devant de la scène internationale resteront très disputées. En dépit de toutes les frustrations exprimées depuis des années par un grand nombre d'Etats, sous-représentés au sein du Conseil.
L'organe le plus puissant des Nations unies compte toujours 15 membres, dont 5 permanents, alors que le nombre des pays membres de l'organisation est passé dans l'intervalle de 51 à 192. "Comment pouvons-nous concevoir un rôle crédible pour notre organisation dans la gouvernance mondiale quand l'Afrique, qui représente plus du quart de ses troupes et occupe 70 % de l'ordre du jour du Conseil, ne dispose pas de siège permanent ?", s'insurgeait en septembre, devant l'Assemblée générale, le président sénégalais, Abdoulaye Wade.
REVENDICATIONS
A l'heure où un vent de réforme souffle sur les institutions de Bretton Woods et promet de donner davantage de poids aux puissances émergentes au sein du FMI et de la Banque mondiale, où le G20 s'impose tel un forum incontournable, les Nations unies peinent à sortir de leur anachronisme. Les partisans d'une réforme du Conseil mettent en garde contre une discrimination entre nations "unies". Sont en jeu, selon eux, la crédibilité et la légitimité de cette instance supposée assurer le maintien de la paix et de la sécurité dans le monde. L'absence de représentation des puissances régionales telles que l'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud et le Japon est une hérésie à leurs yeux.
Si un premier groupe de travail planchait déjà en 1993 sur la réforme du Conseil, les vraies négociations n'ont débuté qu'en 2005. Depuis, un seul consensus a minima s'est dégagé : celui de la nécessité d'un élargissement pour une meilleure représentativité. Or toute réforme requiert le vote d'au moins les deux tiers des Etats membres et des cinq permanents.
Un exercice difficile, d'autant que les rivalités régionales sont criantes. L'Inde, le Brésil, le Japon et l'Allemagne, réunis en G4, défendent un Conseil à 25, avec six sièges permanents supplémentaires (auxquels ils postulent). Pour les contrer, plusieurs pays, dont le Pakistan, l'Italie et l'Argentine, ont formé le groupe "Unis pour le consensus", qui rejette au contraire toute création de nouveaux sièges permanents. Les pays africains, forts de 51 voix sur 192, sont les seuls à revendiquer deux sièges permanents avec droit de veto.
Face à ce brouhaha, Washington campe sur la fermeté en se disant prêt à accepter un Conseil de 20 pays, dont deux nouveaux membres permanents, mais sans droit de veto. "Le vote en juin du Brésil et de la Turquie contre l'imposition de nouvelles sanctions à l'Iran a conforté les Américains dans l'idée que l'inclusion de nouveaux membres n'était pas sans risque ", fait remarquer Bruce Jones, directeur de recherche à la Brookings Institution sur les questions de sécurité internationale.
La France, qui aimerait profiter de sa présidence du G20 pour porter le débat au niveau politique, propose avec la Grande-Bretagne une réforme "intérimaire", avec possibilité d'intégrer le cercle fermé des "cinq grands" au bout de dix ou quinze ans.
Pour Colin Keating, directeur de la revue Security Council Report, Paris et Londres entendent bien conserver leur place tout en ayant conscience de la précarité de leur situation. "Ils pourraient perdre leur siège au profit d'un représentant de l'Union européenne d'ici quinze ans", souligne cet ancien ambassadeur de la Nouvelle-Zélande auprès de l'ONU, convaincu que personne ne sait encore quel tour prendra la réforme.
