Embaixador do Brasil em Paris

 

Quelles sont les priorités de votre pays sur la scène internationale ?

  

Historiquement, l'action extérieure du Brésil est orientée par la promotion de la paix, la non ingérence, la recherche de la solution négociée des conflits et la défense des intérêts nationaux. Sans altérer les trois premiers principes, qui sont toujours les orientations majeures de notre diplomatie, je pense que ce qui a changé significativement ces dernières années, a été la détermination du Brésil à faire de l'action extérieure un élément constitutif du projet national de développement économique et social du pays.

 

  De ce point de vue, le premier vecteur de notre politique extérieure est nécessairement lié aux relations avec notre contexte régional immédiat. Le Brésil représente près de 50% du territoire de l'Amérique du Sud, est responsable de plus de la moitié du PIB de la région et possède une frontière avec neuf des douze pays qui intègrent le continent sud- américain.et même avec la France, par l'intermédiaire de la Guyane française. Il n'est donc pas possible d'imaginer l'avenir du Brésil de façon indépendante de l'avenir de l'Amérique du Sud. L'accent a donc été mis par des gouvernements successifs au Brésil, les quinze dernières années, et même davantage, sur l'intégration régionale. Le Mercosur continue d'être le moteur de ce processus et son avant-garde. La nouveauté a été l'attention que l'on a donnée plus récemment à l'intégration de l'Amérique du Sud en tant qu'ensemble. Cela peut paraître être quelque chose de naturel, dicté par la géographie, mais le fait est que durant des siècles, les pays de la région se sont tournés le dos. Aujourd'hui, au-delà des différentes sensibilités politiques des gouvernements de la région, il y règne une détermination, partagée par tous, à faire avancer l'intégration de l'infrastructure régionale - par exemple les transports, les communications et le secteur énergétique - tout en consolidant des mécanismes de concertation politique qui permettent de solutionner de façon autonome les questions de la région. C'est dans cet état d'esprit que le gouvernement brésilien s'est fortement impliqué dans la création de la Communauté sud-américaine des nations et dans la consolidation postérieure, en 2008, de l'Union sud-américaine des nations (UNASUL).

 

  Notre politique extérieure s'est également ouverte, en mettant l'accent, d'une manière nouvelle, sur les relations avec le monde en développement. Cela a permis d'articuler un axe de coopération sud-sud d'une façon plus consistante. Tout d'abord, nous avons donné une intention nouvelle à nos relations avec le continent africain, avec lequel le Brésil possède des liens historiques, culturels et affectifs. Les résultats de cette politique sont connus. Nous avons élargi de façon exponentielle nos échanges commerciaux avec les pays africains dans leur ensemble et nous avons renforcé notre coopération scientifique et technologique, en particulier dans des domaines tels que la recherche agricole, pharmaceutique et dans le secteur des biocarburants. De même, nous avons intensifié notre dialogue et nos échanges avec les pays du Moyen-Orient, région avec laquelle le Brésil a aussi des liens spéciaux. Notre pays possède une communauté d'origine arabe de près de 10 millions de personnes, une communauté tout à fait intégrée à la société brésilienne, vivant en harmonie avec une communauté juive très influente. Il s'agit là d'un patrimoine qui nous appartient et qui nous incite parmi d'autres choses, à contribuer au processus de paix dans la région. De la même façon, nos relations avec l'Asie sont de plus en plus intenses, et la Chine est récemment devenue le premier partenaire commercial individuel du Brésil.

 

  Il est important de garder à l'esprit que ces nouvelles dynamiques n'ont pas été développées au détriment des relations traditionnelles que le Brésil entretient avec les Etats-Unis et avec l'Europe. Au contraire, le dialogue de haut niveau entre Brasília et Washington est de plus en plus intense et, même quand il y a des différences ponctuelles de perception, ce dialogue est fluide et basé sur le respect mutuel. Nos échanges commerciaux et les flux d'investissement avec les Etats-Unis ont subi une nette croissance ces dernières années. Les relations avec l'Union européenne, à leur tour, ont atteint la catégorie de "partenariat stratégique", un exercice que Bruxelles maintient avec un nombre assez restreint de pays. Les relations avec la France, en particulier, se sont beaucoup intensifiées, sur la base d'une entente politique au plus haut niveau qui a eu pour résultat un partenariat stratégique aux implications non seulement commerciales et économiques mais aussi également fondé sur une vision partagée en ce qui concerne la gouvernance globale.

 

  D'ailleurs, le renforcement du multilatéralisme, de pair avec la démocratisation des organismes internationaux, est aussi une priorité centrale de la politique extérieure brésilienne. Nous avons compris que le monde vit une transformation géopolitique et géoéconomique importante et que nous devons revoir les instances internationales de décision, de manière faire face aux nouveaux défis mondiaux. C'est dans cet esprit, que le Brésil a contribué, par exemple, à la création d'une nouvelle dynamique dans les négociations commerciales internationales, avec la création du G20 à l'OMC, et a apporté une voix des plus actives au sein du G-20 financier.

 

  Comme vous pouvez le constater, l'action diplomatique du Brésil a une vocation mondiale et universaliste, ce qui se traduit en une large gamme de priorités et vecteurs d'action externe. Nombre d'entre eux sont complémentaires, d'autres renferment une équation plus complexe, mais tous convergent vers la détermination du pays à faire de sa politique extérieure un instrument au service du développement national, de la stabilité et de la prospérité régionale et, bien évidement, de la paix et de la sécurité internationale. Et cette politique extérieure se doit aussi de répondre aux expectatives de la société brésilienne, elle qui connaît un processus de transformation significatif au long des deux dernières décennies, fruit du renforcement institutionnel, de la stabilité économique, de la croissance accompagnée d'une distribution de revenu, enfin, d'une série de politiques qui ont changé la perception que le peuple brésilien a de lui- même et du rôle que le pays doit occuper dans le monde.

 

  Quelles instances vous paraissent les plus adaptées pour répondre aux nouveaux enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques ?

 

  Les instances de décisions internationales, qu'elles soient de nature politique, commerciale ou financière, doivent faire l'objet d'une profonde réflexion, une réflexion collective de la communauté internationale, en vue de mieux les adapter à la réalité politique et économique de ce nouveau siècle. En quelque sorte, ce mouvement a déjà eu lieu sur certains plans, comme c'est le cas de l'OMC, que j'ai mentionné auparavant, dont les méthodes de négociation ont été révisées au cours du Cycle de Doha, où l'on a dû reconnaître la voix incontournable de pays comme l'Inde et le Brésil, parmi d'autres. Le G20 financier, qui a acquis une autre dimension avec la crise économique internationale, a aussi fait naître une réflexion, encore timide, il est vrai, sur l'architecture des institutions de Bretton Woods - le FMI et la Banque mondiale.

 

  Quoi qu'il en soit, ce que nous avons vu, dans la pratique des négociations internationales, est une tendance à la création d'alliances variables de pays, qui s'unissent en fonction d'intérêts et d'affinités déterminés, dans l'objectif de s'attaquer aux nouveaux enjeux internationaux. C'est le cas du BRIC, certainement, mais aussi d'autres initiatives comme l'IBAS (Initiative Inde, Brésil et Afrique du Sud), ou, plus récemment, le BASIC (Brésil, Afrique du Sud, Inde et Chine) qui aura un rôle de plus en plus central dans les négociations sur les changements climatiques. Le Brésil a un avantage comparatif dans ce nouveau contexte international. Nous avons développé un savoir-faire diplomatique très adapté à ces jeux de « géométries variables », c'est-à-dire ce système d'alliances changeantes, qui s'ajustent selon les intérêts du pays sur différents échiquiers. Notre acquis diplomatique, qui a beaucoup avoir avec la tradition de coexistence pacifique du Brésil et la nature multiculturelle de la société brésilienne, est un outil puissant, dans un système international multipolaire, comme celui que nous sommes en train de voir émerger.

 

  Pouvez-vous détailler les objectifs et les caractéristiques de l'IBAS ? Quelles sont ses principales avancées ?

 

  L'IBAS est une manifestation concrète du système de géométries variables auquel je viens de faire référence. L'initiative, qui est assez pionnière, a été lancée en 2003 et a comme point de départ la constatation que les trois pays ont beaucoup de choses en commun. Il s'agit de trois grandes démocraties en développement, trois économies émergeantes, trois sociétés multiraciales et pluriculturelles, dotées d'une action régionale et d'une vision globale propres, avec un poids spécifique sur leurs continents respectifs et ayant aussi des défis similaires du point de vue économique et social.

 

  Le forum est donc né avec une vocation assez pragmatique, son objectif étant de chercher la coordination sur divers sujets de l'agenda international, en passant par des thèmes concernant le commerce, liés au Cycle de Doha de l'OMC - il est important de rappeler que les trois pays ont été côte à côte lors de la constitution du G20 commercial - jusqu'à des questions relatives à la paix et à la sécurité internationale ou concernant encore la promotion du développement. L'initiative a été responsable de la création du Fonds IBAS de lutte contre la faim et la pauvreté, qui a déjà financé une série de projets dans des pays moins développés. Un exemple concret est celui de la collecte et du recyclage de déchets solides à Port-au-Prince, en Haiti financé par le Fonds IBAS et administré grâce à l'appui du PNUD, un projet qui a remporté, en 2006, le prix des Nations unies du meilleur projet de coopération Sud-Sud.

 

  Quelles sont les politiques et priorités que votre pays souhaite voir se mettre en place au niveau du Conseil de sécurité des Nations unies?

 

  Avant tout, il faut souligner que le Brésil, qui est membre fondateur des Nations unies et a toujours eu une participation active dans toutes les instances de l'Organisation tout au long de son histoire, le Brésil entend que, pour le bien de la propre Organisation, et au bénéfice de l'avenir du système international, il faut qu'il y ait une démocratisation de l'ONU et, en particulier, de son Conseil de sécurité. Il est presque un truisme de répéter que les Nations unies ont été créées en 1945, dans un contexte historique - et une configuration géopolitique et géoéconomique - très différent de celui qui existe aujourd'hui. Tout ce que le Brésil ne souhaite pas, c'est que l'organisation devienne un anachronisme, ce qui serait extrêmement grave du point de vue du fonctionnement de l'ordre international, en particulier de la perspective de la préservation de la paix et de la promotion du développement, surtout dans un moment de transition de paradigmes, où nous avons passé d'un monde bipolaire, à un autre, de caractéristique multipolaire, aux contours encore indéfinis, et rempli de nouveaux et immenses défis.

 

  C'est pourquoi nous avons fortement soutenu, ces dernières années, la nécessité d'une vaste réforme de l'Organisation. Certes, nous avons réalisé des progrès significatifs, comme la création du Conseil des droits de l'homme et de la Commission pour la construction de la paix, des avancées dans le renforcement du rôle du Conseil économique et social (ECOSOC), une certaine revitalisation de l'Assemblée générale ou encore des réformes de caractère administratif et de procédures. Ce sont des pas qui contribuent au sauvetage du rôle majeur des Nations unies, mais le fait est, qu'aucune réforme de l'Organisation ne sera complète si la composition du Conseil de sécurité n'est pas revue, de façon à le rendre plus démocratique et, par conséquent, plus légitime et plus efficace. Les Nations unies ont besoin d'une autorité renforcée actuellement et je ne vois pas d'autre manière de le mettre en place, sinon par la voie de la démocratisation et de son actualisation.

 

  C'est la raison pour laquelle, le Brésil soutient que le CSNU doit compter sur la présence de pays en développement en qualité de membres permanents. Et nous pensons aussi, que l'entrée de ces nouveaux membres ne doit pas être faite sur la base de critères de pouvoir militaire et encore moins de pouvoir nucléaire, car, au moins sur le plan des idées et des valeurs, le travail se fait aujourd'hui dans l'objectif d'un monde dénucléarisé. Ce que nous pensons - et, du reste, ceci est partagé par de nombreux partenaires, y compris la France - c'est que certains pays, par leur représentativité régionale, par le poids spécifique de leurs économies ou encore par le patrimoine accumulé de leur action diplomatique, devraient désormais intégrer le CSNU en bases permanentes, au bénéfice de la propre organisation. Comme l'a déjà dit le président Lula lors de l'Assemblée générale, nous ne pouvons pas nous occuper de problèmes nouveaux avec de vieilles structures de décision.

 

  L'exemple récent du cas iranien, dans lequel le Brésil et la Turquie ont cherché à faciliter le dialogue sur une question qui préoccupe l'ensemble de la communauté internationale, est une illustration de la façon dont la dynamique internationale dépasse les structures institutionnelles telles qu'elles sont aujourd'hui. Certains analystes ont même indiqué que la Déclaration de Téhéran était une sorte d'acte de naissance d'un ordre international plus démocratique, dans lequel des puissances régionales émergentes sont appelées à jouer un rôle plus actif en faveur de la paix et de la sécurité internationale, qui étaient des domaines, il y a encore très peu de temps, réservés aux cinq membres permanents du CSNU. Cela, c'est une nouveauté, et comme toute nouveauté, elle suscite des résistances de la part de ceux qui voient un avantage au maintien du status quo. Toutefois, je suis convaincu que, tôt ou tard, les nouvelles corrélations de forces internationales, qui sont le fruit du cours naturel de l'histoire des nations, finiront par se répercuter au sein des Nations unies, et, en particulier, sur la structure du Conseil de sécurité

 

 

 

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