Rio de Janeiro Correspondant régional

 

Le tremblement de terre en Haïti, en janvier 2010, a attiré l'attention sur l'engagement du Brésil en faveur des pays les plus pauvres. Fort du plus gros contingent de casques bleus (2 200 hommes) - dont une dizaine sont morts lors du séisme -, le géant sud-américain exerce dans ce pays, depuis 2004, ses prérogatives de puissance émergente aspirant à un grand rôle international.

Au-delà du cas exemplaire d'Haïti, où il se veut un maître d'oeuvre ambitieux et généreux de la reconstruction, le Brésil est en train de devenir, plus discrètement, l'un des principaux pourvoyeurs d'aide économique et humanitaire sur la planète. Officiellement, Brasilia accorde une assistance à 56 Etats sur tous les continents, une liste où figurent en bonne place les six pays en développement du monde lusophone.

La loi interdit au Brésil de donner directement de l'argent public à d'autres gouvernements. L'aide prend donc la forme de prêts, accordés par la BNDES, la grande banque publique spécialisée dans le développement, ou de dons alloués aux organisations internationales en majorité liées aux Nations unies. Le reste de l'aide émane de diverses institutions brésiliennes.

L'Agence brésilienne de coopération (ABC), qui dépend du ministère des affaires étrangères, est dotée d'un budget modeste - 30 millions de dollars (23,4 millions d'euros) -, quoique en forte progression depuis 2006. Un autre organisme gouvernemental, la CGFome, qui finance les actions internationales contre la faim, dispose d'un budget similaire.

Mais la totalité de l'aide brésilienne au développement, incluant celle qui bénéficie à Haïti, est beaucoup plus substantielle : environ 4 milliards de dollars, selon un récent calcul établi par l'hebdomadaire britannique The Economist, dont 3, 3 milliards représentent les prêts de la BNDES.

Elle avoisine, en chiffres absolus, celle d'autres gros donateurs, tels que le Canada ou la Suède. A la différence de ce qui se passe dans ces deux pays, l'aide du Brésil progresse rapidement : ses contributions humanitaires ont été multipliées par vingt en trois ans. Et Brasilia n'exige aucune condition spécifique de la part des récipiendaires.

Le Brésil privilégie deux domaines où il peut faire partager ses réussites : le social et l'agriculture. En Haïti, il finance un programme inspiré de la célèbre Bolsa Familia (" bourse famille ") brésilienne, le versement d'une allocation mensuelle aux familles pauvres qui scolarisent leurs enfants. Dans quatre pays du Sahel, le Brésil parraine des projets de développement de la culture du coton.

Le Brésil agit à la fois dans l'urgence et dans la durée. En 2010, il distribuera, principalement en Afrique et en Amérique centrale, 300 millions de dollars en aide alimentaire puisée dans ses surplus agricoles (maïs, riz, haricots). Soit dix fois plus qu'en 2009.

Il intervient ponctuellement dans les domaines les plus divers : en faveur du Salvador, frappé par un cyclone, ou du Kirghizistan, secoué par des troubles sanglants ; ou plus durablement, au secours des personnes déplacées au Sahara occidental ou au Sri Lanka.

L'aide au développement peut avoir un intérêt commercial. Exemple : le Brésil aspire à développer un marché mondial de l'éthanol, dont il deviendrait le leader incontesté. A cette fin, il transmet sa technologie à des pays pauvres et les incite à suivre son exemple.

Cette " diplomatie de la générosité ", comme on l'appelle ici, qui s'appuie sur un réseau d'ambassades en rapide expansion, permet au Brésil d'élargir et de consolider son " soft power ", son influence politique, de diffuser ses idées et de promouvoir sa cause, notamment dans sa quête d'un fauteuil permanent au Conseil de sécurité de l'ONU.J.-P. L.

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