Artigo "Dominique de Villepin à la rencontre du «phénomène Lula»" (Le Figaro (França) - 07 de fevereiro de 2004)

Jornal: Le Figaro Título: Dominique de Villepin à la rencontre du «phénomène Lula» Data: 07/02/2004

 

La France soutient les initiatives diplomatiques brésiliennes

Le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a achevé hier à Mexico une tournée latino-américaine qui l'a conduit à Santiago du Chili et à Brasilia. Il aura aujourd'hui à New York un entretien avec son homologue américain, Colin Powell, en marge de la conférence des donateurs sur le Liberia organisée par l'ONU.


Brasilia : de notre envoyé spécial Pierre Rousselin


Sábado, 07/02/2004


Avec une politique extérieure ambitieuse, le président Luis Inacio Lula da Silva a réussi, en un an, à faire du Brésil un acteur majeur sur la scène internationale. Le «phénomène Lula» exerce une fascination sur toute une Amérique latine qui, du coup, semble sortir de sa torpeur. Il ne pouvait pas laisser indifférent un homme comme Dominique de Villepin, dans sa quête d'un monde où la puissance des Etats-Unis trouverait de multiples contre-poids.


Les intellectuels qu'il a rencontrés jeudi à Brasilia lui ont expliqué que «pour la première fois, les Brésiliens ont le sentiment qu'il existe une véritable volonté de changement». Pour beaucoup, Lula, l'ancien métallurgiste devenu président après vingt ans de lutte politique, incarne ces nouvelles aspirations.


L'expérience suscite, bien sûr, des interrogations. Et lorsqu'un des interlocuteurs du ministre a relevé que l'activisme diplomatique de Lula avait l'avantage de réconforter ses partisans déçus par l'absence de résultat sur le plan social, Dominique de Villepin s'est exclamé : «On pourrait être en France !»


Sur bien des plans, les deux pays se rejoignent. En économie, Lula récuse l'ultralibéralisme et veut renforcer le rôle de l'Etat. Pour cela, il a d'abord dû s'astreindre à une politique de rigueur appréciée des marchés financiers. A l'instar de la France en Europe, le Brésil de Lula veut être le moteur de l'intégration de l'Amérique du Sud au sein du Mercosur, pour éviter, comme l'explique l'un de ses partisans, de «devenir une province indifférenciée de l'empire nord-américain».


En diplomatie, Paris et Brasilia partagent des objectifs communs. Qu'il s'agisse de la réforme des Nations unies, où «la France soutient les aspirations du Brésil à un siège de membre permanent au Conseil de sécurité», ou du projet de créer un Conseil de sécurité économique et social à l'ONU. Vis-à-vis des Etats-Unis, l'attitude dans la crise irakienne est semblable. «Nous avons la même vision du monde», résume Dominique de Villepin avant de la présenter de façon laconique : «Ne pas accepter l'ordre établi.»


Nouveau porte-drapeau des pays du Sud, le Brésil a une approche originale. Le fonds Lula pour la lutte contre la pauvreté, auquel le président Chirac a apporté son soutien, la semaine dernière à Genève, participe de ces initiatives brésiliennes qui font l'admiration de la diplomatie française, prête à envisager une taxation des ventes d'armes et des transactions financières pour le financer. Le «combat courageux du Brésil en faveur des médicaments génériques», mérite un autre coup de chapeau. De même que sa contribution à la lutte contre le sida et sa disponibilité pour des missions de la paix en Afrique, comme en Ituri au Congo.


Avec la France, les intérêts sont parfois divergents. Le Brésil a pris la tête à Cancun du «groupe des 20», ralliant l'Inde et la Chine, pour exiger des pays riches qu'ils cessent de subventionner leurs exportations agricoles. Comme lors des autres étapes de sa tournée, Dominique de Villepin a dû, sur ce terrain-là, défendre une position qui suscite en Amérique latine bien des ressentiments. Il s'est élevé «contre une idée fausse qui voudrait que l'Europe soit une forteresse refermée sur elle-même» avant de rappeler la réforme en cours de la politique agricole commune (PAC). Quant à l'émergence de nouveaux groupes de pays du tiers-monde, elle n'est qu'une expression du «multilatéralisme» cher à la diplomatie française : «Nous avons été le premier pays à saluer l'apparition du G 20. Nous ne craignons pas l'affirmation de solidarités sur la scène internationale. Nous y aspirons.»


Dans un monde en mutation, où la France entend participer à l'élaboration d'un nouvel ordre international, Lula est un partenaire de choix, l'un des rares chefs d'Etat à multiplier les initiatives originales. Dans l'immédiat, le succès de son entreprise dépend surtout des résultats d'une économie encore bien fragile. «En ce moment où le Brésil relève de grands défis, la France se trouve à ses côtés», a assuré Dominique de Villepin après avoir rencontré le président à l'aéroport alors qu'il gagnait d'urgence le Nordeste ravagé par des inondations.

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