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http://www.lefigaro.fr/conjoncture/ernesto-araujo-nous-voulons-l-equilibre-entre-les-etats-unis-et-la-chine-20190528 

Ernesto Araujo: «Nous voulons l’équilibre entre les États-Unis et la Chine»

INTERVIEW - Le ministre brésilien des Affaires étrangères, de l’équipe Bolsonaro, défend une politique commerciale plus ouverte.

Par Anne Cheyvialle
Publié le 28 mai 2019 à 12:34, mis à jour le 28 mai 2019 à 13:23

Le ministre des Affaires étrangères du Brésil était à Paris la semaine dernière pour défendre la candidature d’adhésion de son pays à l’OCDE, l’organisation internation de coopération économique. Après avoir obtenu le soutien clé des États-Unis, il espère démarrer le processus début 2020.

LE FIGARO. - La relation se tend entre Pékin et Washington. Quelle est la position du Brésil entre les États-Unis, dont vous vous dites très proche, et la Chine, votre premier partenaire commercial?

- Ernesto ARAUJO. - Tout d’abord, la stratégie de notre gouvernement est de mener un effort intense d’ouverture commerciale. C’est une priorité totale. C’est vrai que la Chine est un partenaire important. Nous avons tenu une réunion de la commission sino-brésilienne sur la coopération économique. Il n’y en avait pas eu depuis trois ans, nous voulons donner plus d’espace dans le marché chinois aux produits agricoles. En parallèle, nous avons la volonté de rebâtir la relation avec les États-Unis. C’est une relation vitale qui a été négligée ces dernières années. Nous cherchons un équilibre entre ces deux relations vitales, mais aussi avec l’Union européenne. Il faut aller là où sont les marchés. Toute forme de restriction commerciale nous préoccupe.

- Est-ce que vous partagez les griefs de Trump contre les pratiques de discrimination de la Chine?

- Là, il faut surtout travailler au niveau de l’OMC (Organisation mondiale du commerce, NDLR) sur ces pratiques qui créent des distorsions : les entreprises d’État, le transfert de technologie forcé… Nous voulons faire partie du processus de réforme de l’OMC. Un des objectifs de venir à Paris était de participer aux réunions informelles à côté de l’OCDE. C’est un grand défi du système multilatéral d’intégrer ces nouveaux sujets, en plus des questions plus traditionnelles comme les subventions agricoles. L’OMC est le meilleur endroit et nous sommes plus flexibles dans la négociation. Avant, le Brésil ne voulait pas de format limité à un nombre de pays, de négociations plurilatérales. Aujourd’hui, on est ouvert à n’importe quel format et géométrie pourvu qu’on aborde les sujets clés.

- Pourtant, vous affichiez avant votre entrée au gouvernement des positions très hostiles au multilatéralisme. C’est un revirement complet?

- Je ne dirais pas que nous avons été hostiles au multilatéralisme. L’idée est de le rendre utile et compatible avec nos intérêts. Il y a des choses que l’on peut faire mieux à l’échelle bilatérale et multilatérale. Tout ce qui a à voir avec les entreprises d’État relève plus du système multilatéral. D’autres questions sont plus bilatérales. Il n’y a pas de parti pris d’aucune façon contre le multilatéralisme, soit-il commercial, environnemental ou des droits de l’homme. L’enjeu est de le rendre plus efficace.

- Washington reste sourd aux velléités de réforme. Est-ce une tactique de Trump pour faire pression, ou veut-il tout simplement la fin de l’OMC?

- Je ne crois pas qu’il veuille la fin du multilatéralisme. Il veut le mettre à jour, c’est une demande rationnelle. Le système a évolué sans qu’il y ait un équilibre entre droits et devoirs pour certains acteurs.

- Vous pensez à la Chine ?

- Peut-être la Chine, peut-être d’autres. Ce n’est pas une critique contre la Chine. Ils sont dans le système et l’utilisent dans leur intérêt.

- Sur le plan bilatéral, êtes-vous favorable à un accord entre le Mercosur et l’Union européenne?

- Après 20 ans de négociation, c’est le moment de conclure! Depuis notre prise de fonction, le Brésil a fait des efforts très grands pour sacrifier certaines positions, pour aller de l’avant. Nous avons réussi, la semaine dernière à Buenos Aires, à identifier des thèmes essentiels, d’accès aux marchés agricoles, industriels, automobile, de service. Il y a eu beaucoup d’avancées.

- Avez-vous discuté avec Jean-Yves Le Drian de cet accord, qui est très controversé en France?

- Il nous a dit très clairement que la France veut l’accord. Bien sûr il reste des questions techniques d’accès à résoudre. Mais notre volonté commune d’arriver à un accord est très significative.

- Votre gouvernement soutient la réforme clé des retraites. Pensez-vous obtenir l’aval du Congrès ?

- Nous sommes confiants, car il existe un consensus dans l’opinion brésilienne que l’économie n’est pas soutenable sans cette réforme. Les électeurs passent le message à leurs représentants. Il y a aujourd’hui une participation inédite de la population dans le processus politique qui s’est traduite par des manifestations spontanées, ce dimanche, pour défendre la réforme.

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